La Grande Tuilerie d'Ivry-sur-Seine
Date de création : 1854
Rue Nationale (actuel boulevard Paul Vaillant-Couturier)

De la grande Tuilerie d’Ivry aussi appelée Établissements Muller, créée en 1854, il ne reste aujourd’hui sur la commune aucune trace, outre la passerelle au-dessus de la voie ferrée qui porte le nom de son créateur. Cette entreprise a pourtant marqué l’histoire industrielle et artistique française des années 1850 jusqu’au début du XXe siècle.

Émile Muller : le fondateur

Diplômé de l’École Centrale des Arts et Manufactures, Émile Muller fonde en 1854 une société de fabrication de tuiles en Alsace, sa région natale. Pour gagner les marchés parisiens, il achète la même année un vaste terrain à Ivry idéalement situé en bordure de Seine et près de Paris. Il y fait construire des hangars à charbon, des ateliers de presses et y installe des fossés à terre, des fours et séchoirs. De l’argile, provenant des carrières de Fresnes, Villejuif et Montereau, est acheminée vers Ivry pour y être broyée, mélangée à de l’eau, pétrie et moulée mécaniquement avant la cuisson. En 1900, 400 ouvriers – journalier, fagoteur, tuilier, émailleur, céramiste – travaillent à la fabrication de tuiles, de décors de faitage et de grès décoratifs.

La céramique pour tous

Sensible aux préoccupations des hygiénistes qui s’interrogent sur les maux des villes, Émile Muller met son savoir-faire au service de la production en série de décors architecturaux en grès « impénétrable à l’eau aussi bien qu’aux poussières et aux fumées de l’atmosphère ». Le catalogue de la Grande Tuilerie regorge de briques émaillées colorées, de linteaux, de cabochons, de rosaces, de balustres, de métopes et de frises. Ces décors polychromes sont essentiellement d’inspiration florale mais on trouve également des formes géométriques, des têtes et masques ainsi que des représentations d’animaux mythiques. Ils sont produits pour l’architecture domestique, les bâtiments administratifs et utilisés par des architectes de renom tel Hector Guimard.

La Grande Tuilerie d’Ivry participe aux Expositions universelles de 1867, 1878 et 1889. Pour celle de 1900, ses ateliers réalisent la monumentale frise du Travail conçue par le sculpteur Guillot qui se veut être un hommage aux travailleurs anonymes de la manifestation.

Des œuvres d’art

Après le mort d’Émile Muller en 1889, son fils Louis prend la direction de l’usine et introduit la réalisation d’œuvres d’art dans sa production. Il sollicite des artistes contemporains se réclamant de l’Art nouveau, mouvement artistique aux préoccupations autant esthétiques que sociales. L’un d’entre-eux, le sculpteur Alexandre Charpentier (1856-1909) dessine le motif publicitaire de la Grande Tuilerie. Il représente un jeune homme, le dos courbé par le travail, portant une tuile et une statuette de la déesse Athéna, symbolisant l’alliance du beau et l’utile.

Parmi les artistes qui font appel au savoir-faire de la Grande Tuilerie d’Ivry, on compte Eugène Grasset, Jules Chéret et Henri de Toulouse-Lautrec.

De nouvelles activités

Le désintérêt progressif pour l’Art nouveau conduit la Grande Tuilerie d’Ivry à la faillite en 1908. Elle est reprise par Camille Bériot pour fabriquer des tuiles et produits réfractaires pour l’industrie. En 1915, le Ministère de la Guerre lui demande d’utiliser les fours de l’usine pour torréfier de la chicorée. D’abord destiné aux soldats, ce substitut du café devient une boisson de consommation courante vendue sous le nom de chicorée Belle jardinière. Dans les années 30, les bâtiments de l’usine servent au mûrissage des bananes. De nombreux ouvriers étrangers – Polonais, Italiens, Portugais, Espagnols – travaillent et vivent dans l’usine. En 1969, l’entreprise qui compte moins de quarante salariés est absorbée puis démolie. Sur une partie du terrain est construit un foyer pour des travailleurs maliens.

La Grande Tuilerie d'Ivry en façade de la rue Nationale (actuel boulevard Paul Vaillant-Couturier), 1906. - Archives municipales d'Ivry-sur-Seine. © Collection Pierre Dupuis.
Tuile, Grande Tuilerie d'Ivry, non datée. - Archives municipales d'Ivry-sur-Seine.
Carreau de céramique, Grande Tuilerie d'Ivry, 1900. - Archives municipales d'Ivry-sur-Seine.
Affiche publicitaire de la Grande Tuilerie d'Ivry. Les maitres de l'affiche, 1897. - Archives municipales d'Ivry-sur-Seine.
Chicorée Belle Jardinière, étiquette publicitaire, 1900. - Archives municipales d'Ivry-sur-Seine.
Ouvriers dans la cour des établissements Muller, 1965. - Archives municipales d'Ivry-sur-Seine. © Archives privées.
Thèmes
Quartiers
Mots-clés

Bibliographie

  • Hélène Frichet-Colzy, Émile Muller, fabricant de tuiles à Ivry, 1823-1889, Beauvais, Écomusée des Pays de l’Oise, 1993.
  • Anne Maillard, La céramique architecturale à travers les catalogues de fabricants, 1840-1940, Paris, 1999.
  • Françoise Hamon, "Muller, réformateur social et industriel" dans, Le Paris des Centraliens : bâtisseurs et entrepreneurs, Paris, 2004.
  • Marie-Madeleine Massé, "Alexandre Charpentier et Émile Muller : une collaboration exceptionnelle" dans, Alexandre Charpentier (1856-1909). Naturalisme et art nouveau, Paris, 2008.
  • Florence Slitine, « Céramique d’architecture et d’art. La maison Muller à Ivry (1854-1908) ». Revue de la société des amis du musée national de la céramique, 2011.
  • Ville d’Ivry-sur-Seine/Service Archives-Patrimoine, La grande Tuilerie d’Ivry, 1854-1969. Le beau et l’utile, 2009.
Partager cette page :