Cimetière communal ancien
Première acquisition de concession : 1811
Rue Bernard Palissy

Le cimetière ancien, situé à flanc de coteau derrière l'église paroissiale Saint-Pierre Saint-Paul, est un lieu de mémoire de la ville et de ses habitants. En le parcourant, on découvre des trajectoires individuelles et des signes de l'histoire collective.

Premières sépultures

Le cimetière ancien d’Ivry, s’il remonte à une époque reculée, connaît une importante évolution après le décret impérial du 23 Prairial An XII (12 juin 1804). En imposant l’inhumation en fosses séparées et en rendant possible l’acquisition de concessions par les familles, ce décret favorise l’érection de tombeaux. Sous ce régime, la première concession est enregistrée à Ivry en 1811, au profit d’un officier supérieur de cavalerie légère, Jean-Baptiste Vanot, qui souhaite réunir les dépouilles de son oncle, ancien curé parisien, et de sa mère. Des agrandissements en 1841, 1846 et 1852 sont conféré ses limites actuelles à ce cimetière auquel succéde, en 1875, le « cimetière nouveau » dit "Monmousseau" ouvert sur le plateau. La partie du site située en regard de l’église est la plus ancienne ; elle a été réaménagée en 1923, au moment de l’édification du monument aux morts. Le columbarium, où sont déposées les urnes contenant les cendres, a été construit en 1983.

Art funéraire

Expressions du rang social des défunts, les sépultures sont parfois de véritables chapelles, dotées d’autels, de vitraux et de prie-Dieu. La plupart sont signées de marbriers ivryens comme Besson, Robin et Herbet : en effet, l’artisanat funéraire a prospéré à Ivry, ville dotée de deux cimetières communaux et d’un cimetière de la Ville de Paris. Des symboles caractéristiques ornent les tombeaux. Attribut traditionnel des martyrs chrétiens, la palme signale, lorsqu’elle est marquée des lettres SLDH, les titulaires de la Légion d’honneur.

Colonnes tronquées et chênes brisés sont les allégories d’une vie écourtée. Visible notamment au fronton du caveau Liénard, le sablier ailé évoque la fugacité du temps. L’amphore représente l’enveloppe corporelle de laquelle l’âme s’échappe, et la lampe à huile évoque le cheminement de l’âme dans la nuit de la mort. Des mains jointes signifient la fidélité d’un couple au-delà du décès. Recouvertes d’amples drapés, les pleureuses personnifient un chagrin inconsolable. Nombreuses, les couronnes sont symboles d’éternité par leur forme circulaire, sans début ni fin.

Les motifs végétaux sont omniprésents : laurier et chêne (gloire), lierre (attachement), immortelles (immortalité), pensées (souvenir), roses (amour).

Mémoire municipale

Sous une chapelle repose la famille d’Antoine Jean-Baptiste Renoult, désigné en 1789 pour porter à Paris le cahier de doléances d’Ivry, village dont il est maire de 1793 à 1795. D’autres édiles sont inhumés dans le cimetière, comme le normand Jean Thomas de Bettencourt (maire de 1819 à 1824) et Pierre Georges Honfroy (1830-1831 puis 1832-1835). Fondateur d’une école professionnelle renommée à Ivry, Philibert Pompée devient maire en 1870. Un négociant en bois, Jean-Baptiste Liénard, lui succéde (1874-1876). Ancien député du Haut-Rhin, Joseph Burgard est maire quelques mois en 1892. Ouvrier mécanicien, Jules Coutant est élu député (1893-1913) et maire d’Ivry (1908-1913). Son tombeau est surmonté d’un buste en bronze, réalisé de son vivant par le sculpteur Charles Perron. Directeur d’une usine de produits chimiques, Léon Bourdeau est maire de 1919 à 1925. Sur sa tombe, une palme est apposée par une association d’éducation populaire qu’il préside.

La maison de santé Esquirol

Fondé à Ivry (1828) par le docteur Etienne Esquirol, ce prestigieux établissement psychiatrique est dirigé de 1840 à 1848 par son neveu, Jean Etienne Mitivié. Plusieurs patients de la maison de santé sont inhumés dans un ossuaire : Gustave Coquebert de Montbret , fils d’un conseiller à la cour d’Amiens ; Louis Poncet, baron de Maupas (décédé en 1829) ; l’ancien officier Prosper Morard de Galle (1831) ; Louis Hardouin de la Girouardière (1834) ; la comtesse Alexandrine de Tully (1844) ; le marquis René de Lacoussaye (1847). Adrienne de Droulin (1899) repose quant à elle dans une sépulture individuelle. Toutefois, le plus illustre des patients de la maison de santé est sans conteste Léonard Sadi-Carnot (1796-1832), ingénieur et physicien, qui fonde la thermodynamique et établit les principes de la motorisation moderne.

Dynasties industrielles

Louis Théodore de Vichy dirigea la Distillerie centrale d’Ivry, une fabrique d’alcools et de liqueurs fondée en 1857. Son portrait figure dans le vitrail du caveau familial. La famille Hanzer  exploite à partir de 1859 une fabrique de boulons et rivets au Petit-Ivry, rue Baudin. Guillaume Bac fait construire en 1891 la halle de la Manufacture des Oeillets, rue Raspail, pour y produire porte-plumes et oeillets métalliques. Maîtres de forges de père en fils, les Coutant sont à la tête des Forges d’Ivry, la plus importante des usines d’Ivry-Port jusqu’en 1895. Stéphane Ragoucy a dirigé le laboratoire pharmaceutique Boulanger, Dausse et Cie, fondé à Paris par son beau-père et transféré à Ivry en 1884. Offert par le personnel, le vitrail ornant le caveau Ragoucy représente sans doute sa fille Jeanne, décédée en 1911 à l’âge de 24 ans.

Mamelouks

Descendants d’esclaves blancs, notamment turcs et slaves, les mamelouks forment une milice d’élite qui prend le pouvoir en Egypte au XIIIe siècle. Une partie d’entre eux se rallièrent à Napoléon pendant sa campagne d’Egypte (1798-1801) et le suivirent en France. Deux mamelouks sont enterrés au cimetière d’Ivry. Nés au Caire, Michel Barbary et Malaty Michel  sont faits prisonniers par Bonaparte à la bataille des Pyramides (1798), qui les intégre à sa garde impériale. Tous deux se sont retirés à Ivry après la chute de l’Empire. Barbary meurt à Paris en 1852. Décédé à Ivry en 1858, Malaty Michel est inhumé avec son compagnon. Sur leur tombe, un obélisque repose sur quatre boulets de canon.

A tombeau ouvert

Né en 1877 à Ivry, où son père est carrier et pompier, le pilote automobile Henri Cissac trouve la mort le 7 juillet 1908, lors du grand prix de l’Automobile Club de France, couru à Dieppe. Il repose dans le caveau familial.

Au hasard des allées

Gravée d’une épitaphe en latin, la tombe d’Etienne Devaux évoque le souvenir de ce curé décédé le 21 juin 1845, deux mois après sa nomination à Ivry. Sur le tombeau Jouanneaux et Collet, en forme de catafalque, une inscription signifie la reconnaissance de la Ville d’Ivry : décédée en 1898, Marie Jouanneaux a fait un legs à la faveur des habitants. Etabli à Ivry en 1896, l’architecte Louis Chevallier y conçoit entre autres la cité Insurrection. Lui succédant, ses fils Robert (inhumé ici) et Henri signent les cités Marat et Thorez. Le caveau Deslogis recèle une curiosité : récupéré après l’incendie de l’église d’Ivry le 14 juillet 1886, un fragment de cloche est posé sur l’autel en souvenir d’Adèle Deslogis, dont les obsèques viennent d’être célébrées. A l’extérieur, une plaque rappelle le souvenir d’André Deslogis, fondateur de l’Union professionnelle des sténographes et dactylographes, comptables de France. Engagé dans la Résistance sous le nom de capitaine Neuville, Pierre Galais rejoint, après la Libération, le régiment formé par le colonel Fabien : il meurt au cours de la campagne d’Alsace, en septembre 1944.

Mémoire collective

Elevé en 1876, le monument aux morts de la guerre franco-allemande de 1870-1871 abrite la sépulture de six militaires. Construit sur les plans de Louis Chevallier, le monument aux morts de la guerre de 1914-1918 est inauguré en 1922. En granit de Vire et roche d’Euville, il est  gravé des noms des militaires ivryens victimes de ce conflit.

Un musée de plein air

Sur le tombeau d’Adélaïde Cunéo d’Ornano (1898), veuve d’un marquis corse proche des Bonaparte, une belle plaque émaillée est scellée : au milieu de flots déchaînés, une femme trouve son salut sur la croix. Dans la chapelle funéraire de la famille Collet, le vitrail représentant Le Christ montrant ses plaies (1900) est signé des maîtres-verriers Florence, Bigot et Heinrich, à Tours. Le tombeau du marbrier ivryen Jean-Baptiste Robin est orné d’un groupe sculpté, œuvre de Marius Malan (1872-1940), représentant une mère et sa fille en visite au cimetière. Sur la sépulture Mazoyer-Birnbaum, une pleureuse s’adosse à une colonne tronquée. Dans la même division, le tombeau de Jane Lucot, décédée à Paris en 1906, représente de façon allégorique un chêne et une croix brisés.

 

 

Tombe de Léonard Sadi-Carnot, ingénieur et physicien. - Photo F. Iriarte.
Cimetière ancien, 1998.
Monument aux morts de la Première Guerre mondiale, 2014.
Employés des pompes funèbres, 1915.
Tombe d'un marbrier ivryen. Groupe sculpté, 2005.
Commémoration du 11 novembre 1918 devant le monument aux morts, années 1950.
Thèmes
Quartiers

Bibliographie

Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France, D'ombre, de bronze et de marbre. Sculptures en Val-de-Marne 1800-1940, 1999, 119 p.

Un patrimoine de lumière. 1830-2000. Verrières des Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne, Monum, éditions du Patrimoine, 2003, 381 p.

Emmanuel Bellanger, La mort, une affaire publique. Histoire du syndicat communal funéraire de la région parisienne, Paris, Les éditions de l’Atelier, 2008, 285 pages.

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