Chêne vert
1794 [?]
Place Pierre Gosnat

Le chêne vert multicentenaire de la place Pierre Gosnat pourrait être l'arbre de la liberté planté pendant la Révolution française à Ivry.

Plantation d'un arbre de la liberté

Les places Émile Guénet et Pierre Gosnat occupent l’angle sud-est d’une propriété aristocratique disparue : le Petit château d’Ivry. Construit au XVIIe siècle, ce château est acquis en 1759 par Claude Godard d’Aucourt. Natif de Langres (Haute-Marne), ce dernier a accepté une place de fermier général, tout en poursuivant une modeste carrière littéraire. Pendant la Révolution française, Godard d’Aucourt s’employe à préserver sa situation et ses biens, en multipliant les signes d’allégeance. Il offre à la garde nationale d’Ivry un drapeau, béni à l’église le 14 juillet 1790. En 1791, il fait don à la municipalité de deux tambours. Enfin, c’est dans sa cour qu’un « arbre de la liberté » est planté, selon l’usage qui se répand dans la France de 1792.

Remplacer l'arbre mort

Comme de nombreux arbres déracinés et replantés à cette période, l’arbre d’Ivry dépérit. Le 3 pluviôse an II (23 janvier 1794), la Convention décrète que, dans toutes les communes où l’arbre de la liberté est mort, il en sera planté un nouveau d’ici le premier germinal (21 mars). Le 10 pluviôse an II (29 janvier 1794), la Société populaire d’Ivry – filiale locale du puissant « club des Jacobins » – produit à son tour un arrêté demandant d’arracher et de remplacer l’arbre planté dans la cour du « citoyen Daucourt ».

Le zèle de Godard d’Aucourt ne devait pas le mettre définitivement à l’abri : à la même période, ses biens sont placés sous séquestre, avant de lui être restitués peu avant sa mort, en 1795. Le Petit château d’Ivry est ensuite acquis par la célèbre comédienne Louise Contat (1803), par le comte de Jaubert, gouverneur de la banque de France (1810), puis par Rouzet, intendant de la duchesse d’Orléans, pour le compte de cette dernière. En 1833, un ancien notaire parisien, Mignard, rachète le château et, au terme d’une opération foncière, revend à Paul Dufour, marchand de vins en gros, l’angle du parc où se trouve la place actuelle. Les Charon, famille d’horticulteurs ivryens, sont aussi au nombre des propriétaires du domaine.

Arbre expertisé

En 1989, le département du Val-de-Marne finalise l’acquisition de cette propriété en vue d’élargir le CD 24 (la rue Raspail) et porte son attention sur le chêne vert, dernier vestige du Petit château d’Ivry. Une expertise conclut que ce spécimen, d’une circonférence de 2,75 m, serait âgé de 175 à 215 ans et que, n’étant pas d’une espèce spontanée en région parisienne, il avait dû remplir une fonction symbolique.

Ce chêne vert est-il l’arbre de la liberté replanté en 1794, à la demande de la Société populaire d’Ivry ? Rien ne permet de l’affirmer avec certitude. La butte où se trouve l’arbre et le mur de pierres à laquelle elle s’adosse ont été préservés, lors du réaménagement de la place, pour garantir la conservation de ce chêne vénérable.

L'association A.R.B.R.E.S. (Arbres Remarquables: Bilan, Recherche, Études et Sauvegarde) a décerné le label "Arbre remarquable" au chêne vert d'Ivry.

Chêne vert, Ivry-sur-Seine, 1989.
Plantation de l'arbre de la liberté à l'hôtel de ville, Paris.
Abbé Grégoire, Essai historique et patriotique sur les arbres de la Liberté, an II.
Le Petit Chateau d'Ivry.
Thèmes
Quartiers
Mots-clés

Bibliographie

Abbé Grégoire, Essai historique et patriotique sur les arbres de la liberté, an II.

Bernard Richard, Les emblèmes de la République, Paris, CNRS, 2011.

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