Crue de la Seine
1910

La crue de la Seine de janvier 1910 compte parmi les plus importantes connues par la Seine. L'insuffisance et le défaut d'étanchéité des murailles qui endiguent le fleuve et les mauvaises conditions météorologiques en sont les causes principales. A Ivry, des centaines d’habitants du quartier du Port doivent être évacuées et de nombreuses usines sont sinistrées. Sur des bâtiments de la ville, plusieurs repères de crue, rappellent la hauteur maximale atteinte par les eaux du fleuve.

Rues inondées

L'inondation débute le 22 janvier 1910. Avec une rapidité qui désarme les habitants, l'eau envahit les rues du Port et gagne le quartier du Centre pour s'arrêter à 40 mètres des marches de l'église. Un chroniqueur du journal local La Banlieue de Paris en a fait cette description :

Mardi 25 janvier, l'eau avait atteint successivement la gare du Chevaleret et atteignait par la rue du Liegat (rue Danielle Casanova ), la rue de la Mairie (avenue Georges Gosnat), laquelle, le lendemain 26 était submergée jusqu'à la hauteur du n° 10. La rue Raspail, elle-même formait à son débouché de la rue de la Mairie, un véritable fleuve et c'est à grand-peine que certains négociants pouvaient sauver leurs chevaux. A huit heures du soir, l'eau atteignait la place Guillaume Bac (place Guénet-place Pierre Gosnat) à neuf heures, l'usine United-Shoe était envahie, l'usine Saint-Frambourg également ; par la rue Raspail, l'eau s'infiltrait dans les jardins… Le soir du jeudi 27, l'eau atteignait la place Parmentier, les commerçants avaient ouvert leurs boutiques ne croyant pas à une montée si forte, mais il fallut bientôt se rendre à l'évidence et partir au plus vite.    

Evacuation

Témoins impuissants, les habitants des rues les plus touchées doivent quitter avec précipitation leur domicile et se résigner à laisser sur place leur mobilier. Evacués en barque, ils se réfugient dans la salle des conférences rue Parmentier (rue Marat) et dans les écoles du centre. Mais, ces locaux deviennent très vite, trop exigus et les écoles du Petit-Ivry sont occupées à leur tour par près de six cents personnes. Au total, c'est plus de mille maisons qui sont inondées et ce jusqu'au premier étage parfois. Des passerelles de circulation rudimentaires sont installées pour desservir les immeubles. Certaines sont prolongées à l'intérieur des cours d'immeubles ou des passages.

Secours

Des pêcheurs et des particuliers mettent à la disposition des services de bachotage et de sauvetage, une dizaine de bateaux, auxquels se joignent les embarcations de l'Armée.

Les pompiers, les employés communaux et les membres des sociétés de secours se mobilisent durant les vingt-cinq jours que dura la crue pour ravitailler et secourir la population. Dans le XIVe  arrondissement, un comité de secours aux sinistrés d’Ivry, d’Alfortville et de Maisons-Alfort rassemble «vêtements usagés, chaussures, tricots de laine, couvertures» tandis que le maire du IIIe arrondissement propose d’accueillir des enfants d’Ivry dans sa colonie à la campagne. Inondées, la majorité des usines d’Ivry doivent fermer leurs portes réduisant au chômage ceux qui ont tout quitté. Le conseil municipal de la commune vote un crédit de vingt mille francs pour leur venir en aide. C'est l’occasion pour le maire Jules Coutant de faire preuve de dévouement envers la population. Armand Fallières, président de la République et Aristide Briand, président du conseil, accompagnés de plusieurs ministres, viennent sous sa direction visiter les quartiers envahis par l’eau. La distribution du gaz et celle du courrier sont totalement interrompues et un de secours au moyen de lampes à huile est mis en place.

Décrue

La décrue laisse la place à un paysage désolant : « Le désespoir des travailleurs devant le spectacle de ce que fut leur modeste mobilier est impossible à décrire. Ici, c’est un tas de vaisselle, d’ustensiles de tables, de verreries, de papiers, de photographies, le tout l’un sur l’autre, recouvert d’une boue jaunâtre et d’une odeur irrespirable », écrit un témoin.

Pour combattre les épidémies que le retrait des eaux provoque, les médecins de la commune se joignent à la commission municipale d’hygiène qui organise des séances de vaccinations gratuites et un service de désinfection des objets de literie.

Les rues sinistrées ne reprennent vie qu’après plusieurs semaines. Dans le quartier d’Ivry-Port, l’école maternelle de la rue Jean-Jacques Rousseau ne rouvre ses portes qu’après les vacances de Pâques. Commissions municipale et préfectorale se succédent pour évaluer l’importance des dégâts causés par l’inondation et tenter d’indemniser les victimes. Trois cents Ivryens demandent à bénéficier des prêts accordés par la loi du 18 mars 1910. De nombreux projets sont déposés pour mettre Paris et sa banlieue à l’abri.

Repère de crue

Des repères de crue sont apposés pour rappeller la hauteur de cette inondation exceptionnelle sur l'hôtel de ville, l'école Jean-Jacques Rousseau (maison de la citoyenneté), des immeubles 10 rue Galilée et rue de la Mairie (avenue Georges Gosnat), le centre administratif, l'école Dulcie September, le gymnase des Epinettes, l'école de l'Orme au chat et la gare. A l'hôpital Charles Foix, une inscription est gravée sur un angle du bâtiment Louis Ramond et une plaque est rivetée à un angle du pavillon Corentin Celton.

Les habitants d'Ivry-Port utilisent des passerelles en bois pour se déplacer.
Avis du maire aux habitants, 1910.
La crue de la Seine à Ivry dans l'objectif du photographe de presse Meurisse, 1910.
L'eau atteint la Manufacture des oeillets rue Raspail, 1910.
Evacuation du premier étage d'une habitante du quai d'Ivry, 27 janvier 1910.
Après la décrue, les habitants déménagent, 1910.
Thèmes
Quartiers

 

 

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