- Groupe scolaire Henri Barbusse
- Inauguration : 1er mai 1938
- 7 rue Georgette Rostaing
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Ouvert en 1937, le groupe scolaire Henri Barbusse constitue un symbole de la politique scolaire de la municipalité ivryenne durant l'entre-deux-guerres. Il représente aujourd'hui un remarquable exemple d'architecture scolaire des années 1930.
Un nouvel équipement scolaire indispensable
Depuis le milieu des années 1920, l'augmentation du nombre d'élèves scolarisés à Ivry est très importante et entraîne progressivement la saturation des trois groupes scolaires publics de la commune. Entre 1926 et 1934, les effectifs moyens par classe passent de 27 à 51 élèves. Dans ce contexte, les conditions d'enseignement se trouvent sensiblement détériorées. Des salles de classes sont construites dans les cours et les préaux des écoles.
Face à cette situation, le conseil municipal décide en 1932 de créer un nouveau groupe scolaire comprenant écoles maternelles et élémentaires dans un quartier alors défavorisé, entre la rue Michelet et la rue des Lilas (actuelle rue Gaston Picard). Le projet présenté par les architectes ivryens Henri et Robert Chevallier reçoit l'approbation du ministère de l'Éducation nationale en 1934. Initialement prévue en 1936, l'ouverture de l'école n'a lieu qu'à la rentrée 1937 en raison du retard pris par les travaux. En effet, les difficultés d'acquisition des terrains et l'occupation du chantier par les ouvriers en grève durant le mois de juin 1936 retardent la construction de l'équipement. En outre, le budget initial est doublé.
Malgré ces difficultés, le groupe scolaire connaît sa première rentrée en octobre 1937 tandis que les derniers travaux sont réalisés au printemps 1938 (raccords de maçonnerie, ameublement, fresques et plantations).
Une inauguration en grande pompe
La municipalité communiste, dirigée par Georges Marrane depuis 1925, fait du 1er mai 1938 une date symbolique pour célébrer sa capacité à mener à bien des projets de construction d'équipements modernes à destination de la population ivryenne. En effet, la rue Eugène Westermeyer, le boulevard Paul Vaillant-Couturier et les HBM (habitations à bon marché) de la rue Robespierre sont inaugurées le même jour que le groupe scolaire officiellement dénommé Henri Barbusse, en hommage à l’auteur du roman pacifiste Le Feu (prix Goncourt 1916). Les dénominations adoptées honorent des personnalités locales et nationales dont la municipalité ivryenne entend assumer une part de l'héritage politique.
À l'intérieur du groupe scolaire, les personnalités officielles emmenées par le maire d'Ivry s’installent dans une tribune dressée sur le bâtiment central, tendue de rouge et ornée du portrait d'Henri Barbusse. Les invités assistent aux danses et exercices d'éducation physique présentés, chacun dans leur cour, par les filles vêtues de vert, et les garçons coiffés de bérets rouges. Puis vient le moment des discours officiels. Georges Marrane prend la parole suivi par Jacques Duclos, membre du comité central du Parti communiste français. L'inauguration se termine avec la visite de l'école maternelle et de la chaufferie décrite comme « une merveille d'installation, de technique moderne ». Elle permet de désodoriser et d'humidifier l'air, de réguler les chauffages et la ventilation.
L'éclat de la cérémonie témoigne de l'importance que revêt l'inauguration de l'école pour la municipalité. En effet, le projet permet de répondre à un besoin urgent, la création d'un équipement, et se veut novateur tant dans la conception générale du groupe scolaire que dans les matériaux utilisés et les équipements qui y sont installés.
Conception générale
Le groupe scolaire occupe un îlot rectangulaire encadré par 4 nouvelles voies, les actuelles rues Alexis Chaussinand, Eugène Duchauffour, Georgette Rostaing et l'avenue Henri Barbusse. Le sous-sol, constitué d'anciennes carrière souterraines, parfois exploitées en champignonnières, a nécessité d'important travaux de consolidation. Les bâtiments sont construits en béton armé et en briques. Les façades sont revêtues de briques brunes de Dizy (Marne), agencées par endroits en un décor de damier à relief. Les toits sont traités en terrasses et les fenêtres en œil de bœuf évoquent les hublots des paquebots. Ces éléments apportent au groupe scolaire Henri Barbusse une identité architecturale caractéristique des années 1930.
Ordonné de manière quasiment symétrique, le plan général de l'école est d'inspiration classique. À partir de l'école maternelle placée au nord et orientée est-ouest, les écoles primaires filles et garçons forment deux ailes en retour d'équerre (orientées nord-sud), ouvrant le groupe vers le sud pour un meilleur ensoleillement. Seul un passage de service est aménagé sur le côté donnant avenue Henri Barbusse afin de préserver les enfants du trafic de l'avenue.
L'architecture au service de l’enseignement
L'entrée de l'école des filles (rue Georgette Rostaing) et celle de l'école des garçons (rue Alexis Chaussinand) donnent chacune accès à un vestibule pouvant servir de salle d'attente pour les parents puis à un préau orné de toiles peintes marouflées en 1938 par le peintre Georges Delplanque, assisté de Louis Delpuech. La fresque de l'école des garçons représente les métiers « masculins » et celle de l'école de filles les métiers « féminins ». Les contes et les fables de la Fontaine ont inspiré les décors du préau de la maternelle.
Sous les préaux des écoles élémentaires, les gymnases sont convertibles en salle de projection. L'école des filles comprend cinq classes et une salle de travaux manuels au rez-de-chaussée, cinq classes et une salle de dessin à l'étage. L'école des garçons dispose de deux salles supplémentaires. Deux classes par étage sont équipées pour les expériences scientifiques (éviers, paillasses). Les couloirs sont situés côté rue pour isoler les classes des bruits extérieurs. À leurs extrémités se trouvent les escaliers pourvus de rampes en bois et inox, à la fois élégantes et fonctionnelles.
Enfin, un bâtiment central regroupe les services communs aux trois écoles : la cuisine (rez-de-chaussée), le service médical (1er étage) et la chaufferie (sous-sol).
Hygiène et lumière pour les enfants
La municipalité a fait de l'hygiène des enfants un élément central de la conception du projet. Le groupe scolaire est équipé d'installations sanitaires à la pointe du progrès pour l'époque. Deux salles de 18 douches sont installées au sous-sol, avec cabines et stalles de déshabillage en marbre, et régulation de l'eau chaude par thermomètre automatique. La maternelle est dotée d'une « salle de propreté ». Les locaux ont été pensés pour faciliter leur entretien et garantir leur propreté. Les sols sont en mosaïque de casse de gré cérame et leurs raccords aux murs sont en gorge pour faciliter le nettoyage. Des postes d'eau sont installés dans des niches murales.
La luminosité des bâtiments a également été étudiée avec soin. Les classes donnent sur les cours ombragées afin d'éviter l'éblouissement et les hautes fenêtres des couloirs assurent une seconde source de lumière naturelle. Les gymnases et les douches situées en sous-sol sont éclairés par des pavés en verre et des « courettes anglaises ».
L'abri anti-aérien
En 1939, la forte montée des tensions internationales conduit les municipalités à construire de nombreux abris de défense passive pour protéger la population civile en cas d'attaque aérienne. Dans le sous-sol de l'école des garçons, un abri est ainsi aménagé pour les habitants du quartier. Il est consolidé à l'aide de structures en acier et comporte des douches, des sanitaires, des vestiaires et des alcôves de repos. Dénommé abris Michelet, il peut accueillir 3000 personnes, ce qui fait de lui le second abri le plus vaste d'Ivry après celui de la station de métro Mairie d'Ivry.
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Bibliographie :
-Emmanuel Bellanger, Ivry banlieue rouge, XXe siècle, Créaphis éditions, 2017.
Sitographie :