- Madeleine Delbrêl
- Arrivée à Ivry : 1933
- 11 rue Raspail
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Madeleine Delbrêl, figure du catholicisme français au XXe siècle a vécu à Ivry dans une maison située dans le centre-ville, au numéro 11 de la rue Raspail. Avec d'autres femmes, elle a constitué, à partir des années 1930, un groupe dénommé "La Charité" qui se donnait pour objectif de vivre les valeurs évangéliques "au milieu des gens".
Arrivée à Ivry
Madeleine Delbrêl née en 1904 à Mussidan (Dordogne), convertie au catholicisme à l'âge de vingt ans, cheftaine scoute parisienne, cherche une forme à donner à ses convictions chrétiennes. Avec des amies, elle fonde un groupe dénommé "La Charité". En octobre 1933, avec deux d'entre-elles (Suzanne Lacloche et Hèlène Manuel), elle fait le choix de venir travailler à la mise en place d'un service social paroissial dans le quartier du Plateau d'Ivry où, trois ans plus tard, est inaugurée la chapelle Saint-Jean-Baptiste. Avec les membres de "La Charité", elle y mène de nombreuses activités : colonies de vacances, cours de catéchisme, causeries, permances sociales, visites dans les familles... Elle découvre la réalité sociale et politique de la commune.
En avril 1935, Madeleine Delbrêl et les membres de "La Charité" s'établissent dans la maison située 11 rue Raspail. Cette propriété, et celle du n°13 de la même rue, ont été construites à la fin du XXe siècle par Jean Cretté, marchand de grains et de fourrage, à l'attention de ses filles jumelles, Pauline et Félicité, nées en 1856 dans la commune. Vers 1900, Jules Duchesne, ouvrier à la chocolaterie Vinay, est venu y vivre en famille. En 1912, son fils Raymond fonde une confiserie au fond du jardin. Dans les années 1930, la maison devient la propriété de Marguerite Cretté mariée à Gustave Marque, pharmacien, responsable des jardins ouvriers d'Ivry et figure catholique de la commune. Ce dernier la met à la diposition de la paroisse Saint-Pierre Saint-Paul pour que "La Charité" s'y installe.
Des jeunes femmes rejoignent le groupe et "vivent en laïques" sans prononcer de vœux pratiquant "la pauvreté, l'obéisance, la pureté et l'humilité". Elles fondent leur approche sur « le témoignage par la vie ».
Au printemps 1936, Madeleine Delbrêl participe aux actions du Comité d’entraide aux chômeurs, mis en place face à la crise économique et sociale qui touche le pays. Il a pour président le maire communiste, Georges Marrane, et pour vice-président, Jacques Lorenzo, curé de la paroisse.
Assistante sociale
En septembre 1939, lors de la déclaration de guerre, Madeleine Delbrêl participe à l'évacuation des Parisiens vers la province. À Ivry, assistante sociale des services du département de la Seine puis nommée en leur nom au poste de "déléguée technique" pour le canton d'Ivry, elle coordonne les actions des services sociaux privés et publics existants dans la ville. Nommée conseillère municipale en tant que personne "qualifiée pour s’occuper des œuvres privées d’assistance et de bienfaisance" en 1942, elle met en place des structures pour les familles, contre le chômage et pour assurer la formation des jeunes femmes. Elle aide des familles de prisonniers, de déportés et de fusillés. L'une de ses compagnes dirige la Maison de la Mère en direction des mères de famille souvent sans ressources. Elle mène une importante réflexion théorique sur le métier d'assistante sociale et fait de la ville d'Ivry un laboratoire.
Après le bombardement allemand qui frappe la ville le 26 août 1944, Madeleine Delbrêl organise les secours dans la ville puis remet à Venise Gosnat, adjoint au maire, une étude sur le service social.
La Charité
À partir des années 1940, "La Charité" essaime en petites communautés, d'abord à Champigny-sur-Marne, dans la banlieue de Paris, à Cerisiers dans le département rural de l'Yonne et à Vernon (Eure). En 1947, une équipe s'installe dans le bassin industriel de Longwy (Meurthe-et-Moselle). Des équipières vont vivre en Côte-d'Ivoire à partir de 1961 puis en Algérie après son indépendance en 1962. Les membres de "La Charité" vivant à Ivry travaillent en usine (usine de fabrication de machines à écrire, chocolaterie), d'autres sont infirmières, soignant dans la maison 11 rue Raspail ou à domicile.
Dans un atelier construit au fond du jardin, Alberto Codina et Carmen Cuevas, rescapés des camps de concentration de Ravensbrück et de Mauthausen, Madeleine Delbêl et des équipières fabriquent du turron, confiserie traditionnelle espagnole. Ils créent une coopérative ouvrière en 1952 et commercialisent leur production sous la marque Ibéry, contraction d'Ivry et d'ibérique.
La maison se veut ouverte à quiconque "qui a besoin de parler, de se reposer, d'être épaulée ou dépannée". Le quotidien est fait d'allées et venues de voisins, de collègues de travail et de personnes de passage. Une petite maison "Le château de Malika" est aménagée pour loger une famille expulsée.
Figure spirituelle
Dans sa maison, Madeleine Delbrêl entretient une importante correspondance, écrit des méditations spirituelles sous une forme poétique et diffuse sa pensée au travers de nombreux textes en particulier sur le marxisme et l'athéïsme. Par son expérience et sa réflexion, elle est une interlocutrice du mouvement missionnaire français né au milieu du XXe siècle. En 1957, elle publie son livre Ville marxiste, terre de mission.
Le 13 octobre 1964, Madeleine Delbrêl meurt subitement à sa table de travail.
En 1988, son procès en béatification, procédure qui distingue une personne réputée sainte, est ouvert. Elle est déclarée "Vénérable" par le Pape François en 2018.
Fermée depuis 2013, la maison de Madeleine Delbrêl, lieu de mémoire, est ouverte au public en 2020.
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Bibliographie
Madeleine Delbrêl, Ville marxiste terre de mission. Rédigé à Ivry de 1933 à 1957, Les Éditions du Cerf, 1957.
Christine de Boismarmin, Madeleine Delbrêl. Rues de villes. Chemins de Dieu. 1904-1964, Nouvelle Cité, 1985.
Les communistes et les chrétiens. Alliance ou dialogue ? Madeleine Delbrêl (1904-1933-1964), Les Éditions du Cerf, 1988.
Oeuvres complètes de Madeleine Delbrêl, tomes 1 à 18, Paris, Nouvelle Cité, 2004-2018.
Gilles François, Bernard Pitaud, Madeleine Delbrêl, Poète, assistante sociale et mystique, Nouvelle Cité, 2014.
Filmographie
Jean-Claude Salou, Madeleine Delbrêl : Une sainte tout ordinaire, Le Jour du Seigneur édition, 2006.
Véronick Beaulieu-Mathivet, Madeleine Delbrêl : un jour..., La Procure, 2009.
Dominique Bertou, Ma ville est un songe, Les Productions de l'œil sauvage, 2010.
Sitographie
Site de l'association des Amis de Madeleine Delbrêl