- La zone à Ivry
- Début de l'occupation : 1847.
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Entre 1847 et les années 1950, l'existence de la zone non aedificandi située en amont des fortifications de Paris et son occupation par une population nombreuse ont marqué l'histoire d'Ivry.
Aux origines : la zone de servitude militaire
De 1841 à 1847, une enceinte de fortifications continue est construite autour de Paris. Complétée par 16 forts détachés dont le fort d'Ivry, elle doit contribuer à la défense de la capitale.
L'enceinte est construite au-delà des frontières communales de Paris qui regroupent, en 1841, à peu près les 11 arrondissements centraux d'aujourd’hui. Aucunement consultées, les communes de banlieue limitrophes de la capitale sont traversées par les fortifications. Sur la bordure extérieure des murailles, une zone grevée de servitude militaire de 250 mètres de large doit rester vierge pour les besoins de la défense militaire. Or, cette zone non aedificandi, dont le statut juridique n'est pas clairement défini, est déjà en partie occupée par des parcelles cultivées, des carrières, des établissements de loisirs et des logements. De nombreux propriétaires et occupants profitent du flou juridique pour rester ou s'installer sur cette bande de terrains appelée « la zone ». Progressivement, ces habitants sont surnommés les zoniers.
En 1860, les territoires situés entre Paris et les « fortifs » sont annexés par la capitale. Ivry perd la surface comprise entre les actuels boulevards des Maréchaux et boulevard Vincent Auriol (Paris, 13e arrondissement).
Une occupation différenciée de la zone
À partir la fin du 19e siècle, la zone d'Ivry est caractérisée par une grande diversité dans les modes d'occupations de ses différentes parcelles. Au niveau des quais de Seine, les activités de stockage et d'échanges de marchandises liées au fleuve laissent peu de place aux habitations. Autour de la rue Mirabeau, des terrains semblent longtemps inoccupés et des jardins ouvriers sont implantés à partir des années 1920.
Le secteur de la zone compris entre l'avenue Jules Coutant (actuelle avenue de la porte de Vitry, Paris) et la Route de Choisy (actuelle avenue de la porte de Choisy, Paris) comporte la plus forte densité d'habitations dès la fin du 19e siècle. S'y côtoient par îlots des baraques faites de matériaux précaires formant des bidonvilles, des roulottes mais aussi des bâtiments de construction pérenne notamment autour de la rue de Paris (actuelle avenue de la porte d'Ivry, Paris). Dans certains secteurs, se mêlent aux habitations des boutiques diverses, des petits ateliers d'artisans, des parcelles cultivées ainsi que des restaurants et débits de boissons. Enfin, de nombreuses parcelles en friches ponctuent le paysage de la zone à Ivry.
La qualité de la voirie est également très inégale. Ainsi, de nombreux passages et sentiers en terre parcourent la zone.
Une population pauvre mais hétérogène
À partir de la décennie 1870, la zone attire des habitants de plus en plus nombreux qui, pour des raisons financières, ne peuvent se loger dans Paris ou en banlieue. Elle devient progressivement un espace de déclassement qu'une partie de la presse de la Belle Époque réduit à des représentations criminogènes ou « pittoresques » déformant ainsi une réalité sociale bien plus complexe.
Au 20e siècle, si les ouvriers et les artisans sont majoritaires, de nombreux chiffonniers, vanniers, journaliers, employés de commerce, des chemins de fer et de la TCRP (ancêtre de la RATP) habitent par exemple dans la zone d'Ivry. Dès le 19e siècle, l'immigration du travail y entraîne l'arrivée de nombreux Français originaires de province. Ils sont suivis, en particulier dans l'entre-deux-guerres, par des Italiens et des Espagnols mais aussi des Belges, des Polonais et des Portugais notamment. Des familles tziganes sédentarisées ou non y habitent également. Ces différences de condition expliquent que tous les zoniers ne connaissent pas le même degré de pauvreté ni le même degré de marginalisation au sein de la société de l'époque.
L'annexion de 1929
En 1919, le déclassement des fortifications s'accompagne de l'annexion de la zone par Paris bien que les villes de banlieue s'y soient opposés, du moins dans un premiers temps. À Ivry, cette annexion est effective en 1929. La commune perd 3223 habitants et sa frontière avec la capitale est fixée à ses limites actuelles. Malgré l'annexion, le paysage de la zone reste presque inchangé dans les années 1930. En effet, face à la résistance des propriétaires et des locataires de la zone contre les expropriations, les projets d’aménagement n'aboutissent pas.
Durant cette même période, la signification du terme « zone » tend à s'élargir pour désigner tout secteur d'habitat précaire qui s'apparente à un bidonville, y compris ceux qui ne font pas partie de la zone de servitude militaire. Des îlots d'habitat insalubre présents à Ivry sont alors associés à la zone, notamment les îlots de la rue Barbès et de l'impasse Durand (entre les actuelles rue Jules Ferry et rue Baudin) qui constituent son prolongement géographique. Ces îlots sont résorbés dans les années 1960 et 1970 notamment par la construction de logements sociaux.
En finir avec la zone
Durant l'Occupation (1940-1944), le régime autoritaire de Vichy qui cherche à mener une politique de grands travaux en région parisienne souhaite éliminer la zone. Sans ménagement pour une population dont il considère une partie comme « indésirable » (notamment les populations tziganes), ce régime antisémite et xénophobe détruit de larges secteurs d'habitations dans la zone proche d'Ivry mais ne parvient pas à la faire disparaître entièrement. Certains habitants sont victimes du génocide des Tziganes mis en place par l'Allemagne nazie auquel a collaboré l'État français.
Après la guerre, des terrains de la zone sont encore habités de manière précaire jusque dans les années 1950 notamment sous l'effet de la crise du logement qui sévit alors en France. La construction du périphérique, entamée en 1957, conduit finalement à la disparition définitive de la zone.
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Bibliographie
Emmanuel Bellanger, Ivry banlieue rouge, XXe siècle, Créaphis éditions, 2017.
James Cannon, « La zone entre classes laborieuses et classes dangereuses : les marges parisiennes de la Belle Époque à la fin des années 1970 », Espaces et sociétés, vol. 171, no. 4, 2017, pp. 37-54.
Marie Charvet, Les Fortifications de Paris, De l’hygiénisme à l’urbanisme, 1880-1919, Presses universitaires de Rennes, 2005.
Jean-Louis Cohen, André Lortie, Des fortifs au périf. Paris, les seuils de la ville, Éditions Picard, 2000.
Frédéric Moret, « Définir la ville par ses marges. La construction des fortifications de Paris », Histoire urbaine, vol. 24, no. 1, 2009, pp. 97-118.
Sources
Archives municipales d’Ivry-sur-Seine :
Annexion de la zone. 1929-1932
Bureau municipal d'hygiène : rapports d'activités. 1948-1957
Bureau municipal d'hygiène : rapports d'activités. 1935-1979
Règlement sanitaire départemental. 1940
Dossier d'expropriation pour cause d'insalubrité (rue Barbès, rue de la Concorde, passage Durand, rue Hoche, rue Jeanne Hachette, rue Jules Vanzuppe, rue Marcel Hartmann, rue Michelet, boulevard Paul Vaillant-Couturier, rue Pierre Curie, impasse Port-Arthur, route Stratégique, rue Vérollot) : plans, photographies. 1928-1952