- Une famille dans la Résistance
- Période d'activité : 1940-1943.
- 3 rue Voltaire
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Cette fiche a été réalisée grâce au travail des élèves de la classe de 3e2 du collège Henri Wallon d’Ivry-sur-Seine dans le cadre d’un projet pédagogique mené par les Archives municipales d’Ivry. Elle s'appuie sur le fonds de la section spéciale auprès de la cour d'appel de Paris (fonds Z/4) conservé aux Archives nationales et sur les collections des Archives municipales d’Ivry.
Marie Clerc, résistante de la première heure
Durant la Seconde Guerre mondiale, Marie Clerc, ivryenne née en 1893, vit avec sa fille, Marie-Anne (née en 1920), et Michel (né en 1927), enfant issu d’une première union de son époux, Raymond Clerc (décédé en 1939). Marie, Marie-Anne et Michel habitent un appartement situé 3 rue Voltaire à Ivry.
Marie Clerc adhère au Parti communiste (Pcf) en 1936. Malgré l’interdiction du Pcf en septembre 1939* elle poursuit illégalement son activité militante. Dès le début de l’Occupation (juin 1940), elle participe à des actions de propagande pour le Pcf devenu illégal, cache ponctuellement des militants et est chargée de la reconstitution de la cellule clandestine dite « Mairie » (centre-ville d’Ivry). Repérée par les policiers du commissariat d’Ivry, elle est arrêtée le 22 novembre 1940. Lors d’une perquisition menée à son domicile, les inspecteurs saisissent deux machines à ronéotyper** et arrêtent plusieurs républicains espagnols en situation irrégulière. Le 10 mars 1941, Marie Clerc est condamnée à 18 mois de prison qu’elle purge à la maison centrale de Rennes. Après sa libération en mai 1942, elle revient vivre à Ivry avec sa famille.
À son retour, la police continue de surveiller Marie. Deux perquisitions sont menées chez elle en juillet 1942 et mars 1943 mais ne débouchent sur aucune poursuite. Marie Clerc reprend tout de même contact avec la résistance communiste, probablement au printemps 1943. Le 13 juillet 1943, après une séance de cinéma au Casino***, Marie, Marie-Anne et Michel répartissent chacun de leur côté des tracts et papillons de propagande communiste dans plusieurs rues du centre-ville d’Ivry. Michel, alors âgé de 15 ans, est chargé de la rue Jeanne Hachette.
*Décret-loi du 26 septembre 1939 portant dissolution des organisations communistes.
**machine servant à la reproduction de documents, utilisée par les réseaux de Résistance afin de produire des documents de propagande.
*** Le cinéma Le Casino était situé à l’emplacement actuel du cinéma municipal Le Luxy, 77 avenue Georges Gosnat.
Une arrestation en flagrant délit
Le 13 juillet 1943 vers 23 heures, trois inspecteurs du commissariat d’Ivry arrêtent Michel en flagrant délit de diffusion de tracts de propagande communiste dans la rue Jeanne Hachette. Il est emmené au commissariat de police d’Ivry où il est interrogé. Les documents de propagande sont placés sous scellés.
Le 14 juillet, le commissaire de police d’Ivry décide de transférer l’affaire à la Direction des renseignements généraux de la préfecture de police de Paris*. De nouveau interrogé, Michel finit par avouer que les documents de propagande lui ont été remis par sa mère. Le jour même, les inspecteurs de la brigade spéciale n°1 perquisitionnent l’appartement de la famille Clerc. Ils y trouvent des tracts et brochures de propagande ainsi qu’un document destiné à l’organisation clandestine communiste dans lequel Marie Clerc détaille les actions qu’elle a menées pour la Résistance. Marie et Marie-Anne sont arrêtées et amenées à la préfecture de police de Paris.
Au cours de plusieurs interrogatoires, Marie avoue avoir repris contact avec la résistance communiste et cherche à assumer l’entière responsabilité des faits. Elle explique avoir demandé à ses enfants de participer à la diffusion des documents qu’elle leur a fournis. Elle affirme également que c’est la première fois qu’ils agissent illégalement. Le 16 juillet 1943, Marie, Michel et Marie-Anne sont inculpés d’infraction à la législation anticommuniste. Le dossier est transmis au tribunal de première instance de la Seine.
* Sous l’Occupation, la 1ère section de la Direction des renseignements généraux (RG) ainsi que les brigades spéciales 1 et 2 des RG sont spécialisées dans la répression de la résistance communiste.
Une famille face à la justice de Vichy
Marie et Marie-Anne sont incarcérées à la prison de la Roquette (Paris, 11e arrondissement) le 17 juillet 1943 sur demande du juge d’instruction du tribunal de première instance de la Seine. Quant à lui, Michel est admis au centre de triage des Tourelles (Paris, 20e arrondissement), une prison pour mineurs.
Le 22 mars 1943, le juge d’instruction considère disposer de suffisamment d’éléments prouvant la participation des trois accusés à une action de propagande communiste pour les renvoyer devant la section spéciale auprès de la cour d’appel de Paris (tribunal d’exception créé par le régime de Vichy en août 1941 pour juger les infractions pénales à caractère communiste ou anarchiste). La section spéciale rend son jugement le 6 janvier 1944. Marie est condamnée à 2 ans d’emprisonnement et 1200 francs d’amende. Michel est acquitté pour avoir « agi sans discernement » et Marie-Anne est relaxée. Michel et Marie-Anne sont libérés quelques jours après le jugement.
La déportation de Marie Clerc
Peu de sources permettent de documenter le parcours carcéral de Marie Clerc après sa condamnation par la section spéciale. Le 18 avril 1944, elle est déportée par les autorités allemandes vers le camp de concentration de Ravensbrück (Allemagne) dans un convoi composé de plusieurs centaines de résistantes françaises.
Marie Clerc survit à sa déportation. Elle est rapatriée le 29 avril 1945 et retourne vivre à Ivry. Elle décède en 1971 à Fleury-Mérogis (Essonne).
Le mot de l’archiviste
L’activité clandestine déployée par Marie Clerc dès l’interdiction du Pcf en septembre 1939 laisse entrevoir la grande détermination de son engagement militant. De septembre 1939 jusqu’à son arrestation du 14 juillet 1943, elle semble n’avoir presque jamais arrêté de militer en faveur du Pcf, prenant parfois des risques importants : possession de machines à ronéotyper à son domicile, hébergement de personnes en situations irrégulières, reconstitution de cellule clandestine, inscriptions dans l’espace public. Après sa première arrestation en novembre 1940 suivie d’une incarcération de 18 mois, elle reprend contact avec la résistance communiste à Ivry alors qu’elle se sait surveillée par la police. Dans un rapport de renseignement rédigé par un inspecteur du commissariat d’Ivry le 27 juillet 1943, celui–ci indique même que, lors d’une perquisition menée chez elle en mars 1943, Marie Clerc leur « a fait entendre ses sympathies pour le parti communiste ».
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Bibliographie
Sébastien Albertelli, Julien Blanc, Laurent Douzou (dir.), La lutte clandestine en France. Une histoire de la Résistance, 1940-1944, Éditions du Seuil, 2019.
Emmanuel Bellanger, Ivry banlieue rouge, XXe siècle, Créaphis éditions, 2017.
Jean-Marc Berlière, Policiers des temps noirs, France 1939-1945, Perrin, 2018.
Olivier Wieviorka, Histoire de la Résistance (1940-1945), Perrin, 2013.
État des sources
-Archives nationales (France)
Fonds d’archives de la section spéciale de la cour d’appel de Paris (fonds Z/4) : Z/4/90 dossier 602 et Z/4/153 dossier 602.
Sitographie